Après de longues journées de pluie et de grisaille, la belle saison n'attendait finalement que son officialisation calendaire pour faire apparaître ses rayons. Au placard le blouson, le jean et le bonnet et direction Clisson en Loire-Atlantique. Ce (long) week-end qui s'annonçait palpitant, avec une programmation outrageusement ensoleillée, a tenu (encore une fois) toutes ses promesses. 280.000 festivaliers, plus de 180 groupes programmés, plus de 5000 bénévoles (une armée entière !), 1500 salariés (dont 30 permanents à l'année) et environ 40 millions d'euros de budget. Des chiffres démesurés qui font oublier que cet évènement a démarré dans une relative indifférence, sans soutien financier des collectivités locales. Le Hellfest Open Air Festival, spécialisé dans les musiques "extrêmes" (mais pas que) est maintenant bien ancré dans la culture populaire. Une certaine vulgarisation du Metal qui ne plaît pas à tout le monde et qui devrait faire débat encore de nombreuses années. La direction prise par l'exécutif, est celle de l'ouverture vers des styles plus conventionnels et mainstream. "Il en va de notre survie" assume en interne Ben Barbaud (directeur du Hellfest). Un festival comme celui-ci, est avant tout une manifestation artistique éphémère, conçue comme une rupture par rapport à l'activité culturelle habituelle de la ville dans laquelle il s'inscrit. Bien que fonctionnant sur des temporalités différentes, les différents acteurs qui gravitent autour du festival (organisateurs, municipalité, associations...) ont tendance à vouloir le pérenniser (l'objectif numéro un). En s'inscrivant ainsi durablement à Clisson, le Hellfest transforme, à des degrés divers et pendant une durée bien établie à l'avance, la ville toute entière en consommant l'espace urbain. De l'avis général, cette 17ème édition a été une grande réussite. Un succès en terme de fréquentation tout d'abord qui ne devrait pas faiblir, la demande étant d'année en année de plus en plus forte. Les hauts lieux du festival ont été ensuite envahis comme il se doit par la foule, heureuse de découvrir cette femme scorpion de 10 mètres de haut appelée la gardienne des ténèbres. Faite de bois de tilleul et d'acier, manipulée à l'aide d'exosquelettes, la créature, créée par la compagnie nantaise La Machine, pèse 38 tonnes et transportera à terme 25 personnes sur son dos. Au centre d'un grand projet touristique (Le Puy du Fou du Metal ?), elle permettra aux organisateurs d'aménager le parvis du festival pour en faire un site vivant toute l'année. Dans cette optique, la transformation de l'ancienne discothèque Le Louxor (j'adore) en grosse brasserie de 500 couverts est déjà lancée (ouverture en 2025). Le Hellfest transforme le Metal en Or, avec des retombées économiques évaluées entre 10 et 20 millions d'euros pour le territoire. Un sens aigu des affaires, comme en témoigne l'ouverture en 2023 de "The Sanctuary", l'immense boutique de 50 mètres de long et 15 mètres de haut. La marque Hellfest est désormais bankable. L'avenir des festivals s'écrivant en pointillé (à mesure que les coûts augmentent), le plus rugissant des festivals a pris l'initiative de cimenter, dès le départ, les différentes chapelles de la communauté Metal (et il y en a beaucoup) et prépare l'avenir (Le Hellfest Kids, la programmation rock du dimanche 30 juin...). Rien à redire là-dessus, si ce n'est que le festivalier de base, féru de musique underground, et qui fréquentait jadis le Hellfest, ne s'y retrouve plus. En attirant de nouveaux adeptes, souvent incultes mais avec les poches bien pleines, le Hellfest se mord la queue (un touriste en plus = un métalleux en moins). On est bien loin maintenant du slogan "By the fans for the fans !" qui a totalement disparu d'ailleurs. Et je ne vous parle pas des condamnations récentes pour abus de confiance, et de harcèlement (une ancienne stagiaire a poursuivi le festival devant les prud'hommes pour dénoncer des faits de harcèlement moral et sexuel de la part de son tuteur de stage). A Clisson, l'omerta est de mise...mais pour combien de temps encore ? Nul ne saurait le dire mais la machine à cash est bien lancée et rien ne l'arrêtera. Une vision des choses que je ne partage pas. Et je ne suis pas le seul apparemment. Et la musique dans tout ça ? Au final, très peu de déception. Que l'on préfère la Warzone, la Valley, la Temple, la Altar ou les Mainstages, l'offre était suffisamment pertinente pour se dégourdir les oreilles. C'est donc dans une atmosphère positive et rafraîchissante que j'ai pu assister à 27 concerts. Les têtes d'affiche ont été, pour la plupart, à la hauteur de leur réputation. Quelques couacs cependant, avec notamment Royal Blood qui s'est contenté d'une prestation bien fade à mon goût, la reprise catastrophique de "l'aventurier" d'Indochine par Metallica (Nicolas Sirkis a porté plainte), les problèmes techniques sur Crosses et le set brouillon et sans aucune saveur de Bruce Dickinson (la pluie n'a rien arrangé il faut le dire). Au rayon découverte, Eternal Champion (epic heavy metal), Acid King (stoner doom) et Last Hounds (crossover punk) qui se produisait sur la Hellstage le samedi 29 juin. Dans mon top 10 également : Fu Manchu (avec des riffs de guitare toujours aussi enivrants), Mass Hysteria (du Metal sans artifices), The Interrupters (à la croisée des chemins entre le ska des années 80 et l'énergie du punk rock contemporain) et Corey Taylor (swift). Sa notoriété lui a valu d'être très attendu à cette heure de la journée, et le frontman de Slipknot ne s'est pas économisé, loin de là. Un mélange des genres qui me caractérise et qui me donne réellement envie d'approfondir mes connaissances sur cet univers bien particulier qu'est le Metal (et tous ses dérivés). A l'heure où j'écris ces mots, la totalité des pass 4 jours 2025 ont été vendues. Sold out en un peu plus d'une heure sans qu'aucune tête d'affiche n'ait été dévoilée. Business is business ! A noter que la programmation 2025 sera dévoilée fin octobre, début novembre. Selon la formule : "Stay Tuned !" (restez à l'écoute !).


