Alors que d'autres festivals souffrent d'une routine sclérosante (ou
disparaissent l'un après l'autre), le Hellfest est devenu en dix ans le vaisseau
amiral des rendez-vous estivaux qui dégoupillent les grenades du Metal le plus
incendiaire. Les raisons sont multiples, à commencer par une programmation
audacieuse et bigarrée qui n'est pas qu'un simple échange de bons procédés entre
gros tourneurs. Disposant d'une enveloppe artistique que beaucoup lui envie, le
festival (encore chatouillé cette année par une poignée de catholiques
intégristes) a fait main basse ces dernières années sur les plus grosses têtes
d'affiche du genre et est arrivé l'année dernière au maximum de sa jauge. Cet
évènement que nous avons pris plaisir à voir grandir au fil des ans est une
mécanique bien huilée, à tel point que l'on croirait que les infrastructures
sont installées à demeure, comme dans un parc d'attractions et l'innovation
continue d'avancer tout en plaçant le confort des festivaliers au cœur de ses
préoccupations.
Vendredi 19
Juin
10h30, ce n'est pas un peu tôt pour un wall of death ? Les
Breakdust s'en foutent royalement et leur Thrash Death Metal trouve
écho auprès des plus bourrins. Les bordelais qui se produisaient l'an dernier au
Metal Corner ne se laissent pas impressionner et font honneur à l'écurie
Finisterian Dead End qui place là ses premiers poulains sur une Mainstage. Le
groupe dont tout le monde parle depuis quelques mois s'appelle Midnight
Ghost Train. Les américains distillent un Heavy Rock frelaté au blues
et aux influences sudistes qui n'est pas sans me rappeler par moment leurs
compatriotes de Kyuss. A la fois massif et délicat, le trio originaire du Kansas
pour sa première participation remporte tous les suffrages. "On ne jette pas une
ampoule lorsqu'elle éclaire encore"...Sur scène, Vulcain fait
de la résistance et démontre à ceux qui ne les connaissent pas encore (comment
est ce possible !) ce que le terme Hard Rock signifie. Le trio est en pleine
forme, ne se prive pas de nous le faire savoir et c'est tout naturellement que
la Digue du Cul retentit à la fin de leur set. Respect ! Du 100% suédois
maintenant avec Truckfighters qui comme en 2013 fait le plein
sous la Valley. Le combo divertit en live mais peine à convaincre avec une
prestation plus anecdotique que la précédente. Avec un John Bush (ex-Anthrax)
plus motivé que jamais, Armored Saint rempli haut la main son
contrat. Ses musiciens qui possèdent déjà quelques heures de vol ont toujours le
feu sacré et nous remplissent les oreilles de Heavy Metal en provenance direct
des eighties. Véritable monument du rock U.S, Godsmack et son
Metal Alternatif ponctué de phrasé mélodique délivre un show en forme de
best-of. Le son atroce en façade gagne en subtilité au fur et à mesure que l'on
s'éloigne de la scène et l'enthousiasme du public me semble disproportionné. A
revoir plutôt en salle. Refusant de succomber aux modes d'où qu'elles viennent,
les américains de High On Fire perpétuent l'usage d'une musique
amplifiée où feeling et virtuosité font bon ménage. C'est
propre, carré avec ce grain de folie que l'on attendait absolument à ce moment
de la journée. Le qualificatif d'Alternatif ne me semble pas usurpé pour
Five Finger Death Punch qui mélange sans ménagement des
ingrédients déjà utilisés par le passé. Un set un peu poussif et une légère
déception pour votre serviteur qui s'attendait franchement à beaucoup mieux. De
l'authentique maintenant avec les anglais de Peter & The
Test Tube Babies qui à l'heure du dîner massacrent la Warzone.
Ils nous balancent en pleine face leur cocktail éthylique fait d'hymnes teintés
classe populaire et de punk rock à haute teneur en sarcasme. Plus de trente ans
maintenant que ces vétérans originaires de Brighton nous livrent leur musique
insolente, colorée et chargée d'humour typiquement british. Un régal !
Samedi 20 Juin
Maitrisant le stoner avec une approche brute, hardcore et en se focalisant
sur le côté sombre, Machete est la preuve vivante que la
musique Heavy et agressive dispose encore d'un potentiel illimité. Les vendéens
s'imposent en début de matinée de fort belle manière. Le classic rock est de
retour depuis quelques années et au-dessus de la mêlée, il y a The
Answer. Les irlandais nous proposent du vintage de qualité et leur show
explose l'applaudimètre ex-aequo avec les poupées siliconées de Butcher Babies
(fracture de l'œil assuré). Cormac Neeson au chant qui ne cesse de titiller les
premiers rangs finira par descendre au milieu du public pour un bain de foule
amplement mérité. Menant une croisade contre la musique répétitive et sans
originalité, le quatuor fait beaucoup plus que convaincre. Chapeau ! Celui que
je n'attendais pas à pareille fête s'appelle Ace Frehley.
L'ancien membre de Kiss secondé par des musiciens hors pair nous gratifie d'un
set haut en couleur et la température monte d'un cran (normal me direz-vous,
nous sommes en enfer). Sa voix éraillé colle parfaitement au style pratiqué et
il a l'intelligence de laisser humblement un peu de place à son guitariste et à
son batteur qui ne se font pas prier bien longtemps. Une belle surprise qui me
donnera envie de réécouter avec attention sa dernière livraison "Space Invader"
sortie l'année dernière. Les Backyard
Babies n'accordent aucun crédit aux courants en vogue
préférant suivre leurs inspirations dans une démarche pleine de sincérité.
Quarante petites minutes de concert ne vont pas combler cinq ans d'attente mais
pour moi qui n'avait jamais eu la chance de les voir, c'est jour de fête et je
repars gonflé à bloc pour le reste de la journée. Accros au désir de jouer un
grunge sale et teigneux, les californiennes de L7 ne font pas
dans la demi mesure et font honneur à leur réputation. L'énergie de tous les
instants compense les quelques lacunes techniques et comme pour s'excuser de
n'être jamais venue à Clisson, elles nous délivrent une véritable prestation
pleine d'énergie. A consommer sans modération ! De longs cheveux noirs et
bouclés, un haut de forme et une Gibson à la main, Slash
revient fouler les planches du Hellfest. Le guitariste est toujours
aussi habile de ses mains et Myles Kennedy au chant est toujours aussi
impressionnant. Les tubes interplanétaires s'enchainent et l'heure qui lui est
accordée me parait bien courte. Mention spéciale aux anciens morceaux des Guns
N' Roses qui remportent un franc succès et qui sont probablement le meilleur
moyen de rendre hommage aux racines qui nous réunissent tous. Dès 1995, les
britanniques d'Orange Goblin s'essayent au
doom psychédélique à grands coups de chevauchées sabbathiennes pour évoluer
ensuite vers du Heavy Stoner pur jus. Sous la Valley (bien trop petite pour les
accueillir) ils nous offrent un magma de rythmiques lourdes, de précieux riffs
fumants et de longues envolées hystériques, le tout en intégrant avec brio des
éléments plus personnels (le chant de Ben Ward est juste envoûtant) avec un
feeling old school qui leur appartient. Toute résistance est inutile et je
succombe direct. Autoproclamé groupe le plus bruyant d'Anvers et de ses
environs, les belges de
Triggerfinger nous assomment d'un Rock teinté
de Pop. Mais attention aux oreilles sensibles, car en concert ce trio méchamment
barré (qui me rappelle parfois les Queens Of The Stone Age) hausse le ton et
vient tout naturellement enrichir les débats. Connus pour avoir la main légère
sur la gâchette, les dandys du rock destroy dégainent sans préavis et nous
proposent un show sans concessions. La voix de Ruben Block nous crispe le
ventre, la basse de Monsieur Paul bouscule nos gestes et envahie nos cuisses et
Mario Goosens nous offre un solo de batterie renversant pendant que ses deux
acolytes dérèglent les lumières et se jouent des conventions. Que notre volonté
de les revoir au plus vite s'exauce le plus rapidement possible. En un mot :
Génial !
Dimanche 21
Juin
Remplaçant au pied levé Hirax, les finlandais de Lost
Society n'y vont pas avec le dos de la cuillère et nous chopent de très
bonne heure directement à la gorge. Si les ingrédients propres au Thrash Metal
(exécution abrasive, croustillante et super Heavy) font partie de la recette,
l'apport technique offre ce petit plus distinctif qui démarque le combo de ses
concurrents. Avec un son hors du temps, ils réussissent le pari de ne ressembler
à aucun autre groupe. Belle découverte et grosse claque dans la face. Devant
l'imposant backdrop représentant un enfant tenant à bout de bras un crâne, se
dresse les américains de Red Fang. Avec seulement trois albums
au compteur, le groupe bénéficie déjà d'une notoriété enviable, construite sur
la base de prestations solides et d'une attitude sincère. Les fans les plus
incrédules enlèvent leurs bouchons d'oreille mais la sono claire et puissante
est sans pitié. Leur Stoner pour hipster fait mouche encore une fois et les gars
originaires de Portland se mettent le public dans la poche sans aucun problème.
Depuis leurs débuts dans les années 90, les suédois de Dark
Tranquility ont conservé le statut d'un groupe novateur. Capable de
délivrer des performances scéniques de haut vol, ils incorporent de la mélodie
dans leur Death Metal. Des riffs solides, une atmosphère originale, des vocaux
somptueux et surtout un son unique qui se démarque inévitablement, il n'en faut
pas beaucoup plus pour passer un excellent moment en leur compagnie.
Exodus se distingue des autres formations de par ses structures
de guitares incisives et par une technicité ébouriffante. Les américains menés
par l'infatigable Gary Holt ne sont pas adeptes des compromis, atomisent la
Mainstage 2 et décoiffent au passage plus d'un métalleux. Après trente ans de
carrière, ils se surpassent encore une fois et nous donnent une vraie leçon. Une
branlée dans les règles ! Alors que certains vont faire des réserves de houblon,
je me place direct sous la Valley pour Eyehategod. La musique
déversée par les maitres du Sludge semblent ravir l'assistance et les américains
nous délivrent un prestation honorable et maitrisée. Au programme : gros son,
riffs accrocheurs et énergie débordante. Le public se fait retourner dans tous
les sens et en redemande volontiers. Après cinquante minutes d'une lourdeur
insistante, ils se retirent sous une belle ovation avec le sentiment du devoir
accompli. Direction la Temple maintenant pour y découvrir les écossais
d'Alestorm, qui ont décidé de nous abreuver sans plus attendre
de leur mélange de Folk/Metal. L'ambiance atteint son paroxysme dès le début du
set et les flibustiers savent y faire pour faire bouger le public. Un court
instant, j'ai eu l'impression de me retrouver dans un bar de la grandeur d'un
stade de football à regarder un groupe qui n'a qu'un seul but : vous distraire à
tout prix ! Ce groupe incomparable et unique vaut le détour et mérite
l'attention de tous. Belle découverte en ce qui me concerne. Wattie Buchan is
not dead...et n'attend pas bien longtemps pour nous le faire savoir. The
Exploited emmené par leur charismatique leader déboulent à 100 à
l'heure sur la Warzone et nous mettent direct dans le rouge. Aucun répit et les
titres s'enchainent tambour battant. Le public venu en masse n'en demandait
pas autant en ce dimanche soir et ne se fait pas prier dès que le hurleur
écossais leur demande d'envahir la scène. Embouteillage assuré et le set se
terminera dans un joyeux bordel au son de Sex & Violence. Fun,
provocant et furieusement rock & roll. Putain, ça fait du bien ! Changement
de registre ensuite avec In Flames qui va nous enflammer à leur
tour en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. L'œuvre des suédois se veut
épurée, mélodique et dotée d'un groove non feint. Le quintet explore les
frontières du Metal tout en ne s'interdisant pas de lorgner vers des territoires
typiquement rock pour exprimer les recoins les plus sombres de sa musique.
Redoutablement efficace et encore un groupe que je découvre en live. L'histoire
d'amour entre le Hellfest et Phil Anselmo est connu de tous, normal donc de le
retrouver encore une fois à Clisson. Après quatre ans de silence,
Superjoint Ritual refait surface et autant vous le dire, ils ne
sont pas là pour coller des gommettes. Le groupe s'évertue à redéfinir les
contours du sludge avec des idées novatrices et des prestations plombées. Le
couteau entre les dents et fort d'un groove bestial, ils fédèrent aussi bien les
amateurs de Hardcore que les fans de son graisseux et affichent fièrement leurs
racines. Le chaos produit est d'une précision chirurgicale et emprunt d'une
certaine finesse. 100% honnête et protège-dents obligatoire.
Le festival se termine pour moi sur une note bien brutale et mon ressenti à
chaud est d'avoir l'impression d'avoir encore vécu en terre clissonnaise une
édition de folie. La programmation, le décor, les améliorations qui facilitent
le quotidien des festivaliers, le comportement exemplaire de ceux que l'on
appelle les métalleux, un feu d'artifice d'anthologie...tout
était parfait. By the fans, for the fans ! Rendez-vous le 17/18/19 juin 2016
pour une onzième édition qu'il ne faudra manquer sous aucun prétexte.

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